La consommation foncière masquée est aujourd’hui l’un des principaux angles morts des politiques foncières. Invisible mais massive, elle appelle une mobilisation renforcée des collectivités et de leurs partenaires.
Chaque année, des hectares de terres agricoles cessent d’être réellement agricoles… sans qu’aucune construction ne voie le jour. Invisibles sur les cartes de l’urbanisation, ces pertes pèsent pourtant lourdement sur l’agriculture et les territoires. La consommation foncière masquée est aujourd’hui l’un des principaux angles morts de la préservation du foncier agricole.
Une consommation qui ne dit pas son nom
Lorsqu’une terre agricole est urbanisée, la perte est immédiate, visible et définitive.
La consommation foncière masquée, elle, agit autrement. Elle correspond à l’achat de terres agricoles pour des usages non agricoles : loisirs, agrément résidentiel, mise à distance du voisinage, stockage, anticipation d’un changement de destination.
Ces terrains restent officiellement agricoles, mais leur usage productif disparaît progressivement. Clôtures, cabanes, dépôts, jardins privatifs ou friches entretenues remplacent cultures et pâturages. À l’échelle d’une parcelle, l’impact semble limité. À l’échelle d’un territoire, il est considérable.
Un phénomène devenu majeur, et pourtant peu visible
À l’échelle nationale, la consommation foncière masquée progresse fortement. Les analyses menées par le réseau des Safer montrent qu’elle dépasse désormais l’artificialisation en surface annuelle. En 2024, la consommation masquée atteindrait plus de 31 000 hectares par an, contre environ 19 000 hectares artificialisés.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de fond : depuis 1950, la France a perdu près de 8 millions d’hectares agricoles, alors même que la population est passée de 40 à 68 millions d’habitants. Longtemps compensée par des gains de rendement, cette perte de surface devient aujourd’hui plus critique, les rendements agricoles stagnent et les besoins alimentaires, énergétiques et environnementaux augmentent.
une pression particulièrement forte En Auvergne-Rhône-Alpes

La région Auvergne-Rhône-Alpes figure parmi les territoires les plus concernés.
Entre 2015 et 2023, plus de 25 000 hectares y ont été affectés par la consommation foncière masquée, soit près de 1 % de la surface agricole utile régionale.
Le phénomène est diffus, présent aussi bien dans les zones périurbaines que rurales, avec de fortes disparités locales. Les biens bâtis et mixtes (maisons avec terrain agricole) concentrent une part importante des situations à risque, ce qui complexifie l’action publique et appelle des réponses adaptées, au cas par cas.
Le Genevois français, un territoire révélateur
Dans le Genevois français, territoire attractif et sous forte pression démographique, la consommation foncière masquée atteint un niveau particulièrement élevé.
Entre 2019 et 2023, ce sont environ 115 hectares par an qui ont été retirés de l’usage agricole, majoritairement à la suite d’achats par des particuliers pour des usages d’agrément ou de loisirs.
Ces chiffres ont servi d’électrochoc. Ils ont permis de rendre visible un phénomène jusque-là sous-estimé, et d’engager un travail collectif associant collectivités, Safer et partenaires locaux.

Pourquoi les collectivités ont un rôle décisif
Parce qu’elle est progressive et silencieuse, la consommation foncière masquée échappe souvent aux outils classiques de suivi.
Or ses conséquences sont très concrètes :
- réduction du potentiel agricole ;
- difficultés d’installation et de transmission ;
- fragilisation des exploitations existantes ;
- tensions d’usage et de voisinage ;
- perte de cohérence des projets alimentaires territoriaux.
Agir suppose d’abord connaître, puis de veiller, et enfin de mobiliser les bons leviers : observation foncière, animation territoriale, outils de planification, dialogue avec les propriétaires et les nouveaux acquéreurs.
La Safer AuRA, partenaire des territoires pour agir
Grâce à l’analyse de dizaines de milliers de transactions rurales chaque année, la Safer AuRA identifie les situations à risque et accompagne les acteurs locaux. L’enjeu n’est pas d’entrer en opposition, mais de sensibiliser, encadrer et sécuriser les usages, en privilégiant la médiation et des engagements durables.
Dans le Genevois français, ce travail a permis de construire une démarche structurée et reproductible, aujourd’hui partagée avec les élus.
Pour aller plus loin :
Télécharger la plaquette inspirante du Pôle Métropolitain du Genevois français